mer. Avr 15th, 2026

Fièvre jaune, poliomyélite : Le Cameroun sous surveillance maximale

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29 cas de fièvre jaune en 2025, des poliovirus détectés dans plusieurs régions : le ministre de la Santé tire la sonnette d’alarme et rappelle que, sur ces fronts-là, la vaccination reste la seule digue.

Ils s’appellent fièvre jaune et poliomyélite. Deux noms qui ont terrorisé des générations, deux virus que l’on croyait domptés, et qui pourtant continuent de tester, chaque jour, la vigilance des autorités sanitaires. Le constat, livré le 19 février 2026 depuis l’hôpital Laquintinie de Douala par le Ministre de la Santé Publique, Dr Malachie Manaouda, est sans complaisance : la menace est multiple, diffuse, et ne dort jamais.

En 2025, 29 cas confirmés. Deux morts, à Mvangan et Djoum, dans la région du Sud. Mais le plus inquiétant, c’est l’étendue du front : 22 districts sanitaires touchés, répartis dans neuf régions sur dix. Seul le Sud-Ouest tire son épingle du jeu. De l’Adamaoua à l’Extrême-Nord, du Centre au Littoral, le virus a circulé, porté par les moustiques, profitant des failles, des retards de vaccination, des zones d’ombre. Face à cette guérilla sanitaire, le ministère a contre-attaqué. Plan national d’élimination, surveillance renforcée, investigations de terrain. Et surtout, une requête auprès du Groupe international de coordination (ICG) pour lancer une riposte vaccinale ciblée dans quatre districts jugés les plus vulnérables : Gazawa, Ngaoundal, Abo et Fotokol.

Mais pendant que la fièvre jaune grignote du terrain, un autre combat, plus ancien, demande une vigilance de chaque instant. La poliomyélite. Le Cameroun a réussi l’exploit de conserver son statut de « pays libre de poliovirus sauvage ». Un acquis précieux, arraché à force de campagnes et de mobilisation. Pourtant, 2025 a rappelé que la liberté n’est jamais définitivement acquise. Un poliovirus dérivé de type 3 a été détecté à Ngaoundéré rural. Trois autres, de type 2, à Kousséri, Ngaoundéré urbain et Biyem-Assi. Des virus « cousins », apparus non pas dans la nature, mais dans les zones où la couverture vaccinale faiblit. Là où le vaccin, mal assimilé par les communautés, finit par muter et redevenir une menace.

La parade ? Une seule, mais implacable : la vaccination de masse.

Du 12 au 15 février 2026, un deuxième tour de journées locales de vaccination a ciblé les enfants de 0 à 59 mois dans les régions les plus exposées : Adamaoua, Extrême-Nord, Est et Nord. Des milliers de doses, des centaines d’agents de santé, un seul objectif : barrer la route à la paralysie avant qu’elle ne frappe.

Deux maladies, une même stratégie : l’anticipation. Car dans ce jeu d’échecs sanitaire, la moindre case laissée vacante peut coûter cher. Le ministre l’a martelé avec la force des évidences trop souvent oubliées : la fièvre jaune et la poliomyélite ne sont pas des menaces du passé. Elles sont là, tapies dans les angles morts du système, prêtes à profiter du moindre relâchement. La mobilité des populations, les risques transfrontaliers, les poches de résistance à la vaccination : tout concourt à maintenir une pression constante.

Alors, au-delà des urgences médiatisées, au-delà des épidémies qui défraient la chronique, c’est un travail de fourmi qui se joue chaque jour. Surveillance renforcée, ripostes ciblées, campagnes de terrain, coordination avec les partenaires techniques. Autant de piliers d’une stratégie qui ne paie pas de mine, mais qui tient debout le rempart. Car au bout de la chaîne, il y a une certitude partagée par tous les acteurs de cette guerre silencieuse : dans la bataille contre les virus, le vaccin reste le plus fidèle des soldats. Et le Cameroun, sur ce front-là, n’a pas l’intention de baisser la garde.

Georges SOBAKENG

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