ven. Sep 4th, 2026

Souveraineté sanitaire/Réglementation et production locale : le Cameroun porte sa voix à Addis-Abeba

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Sur très haute instruction du Président de la République, le Dr MANAOUDA Malachie défend à l’OMS le modèle camerounais : 19 unités de production mais encore 95% de dépendance aux importations.

Le continent africain veut fabriquer ses propres médicaments. Et le Cameroun entend bien être à l’avant-garde.

En marge de la 76ème Session du Comité Régional de l’OMS pour l’Afrique, s’est tenue ce 24 août à Addis-Abeba, la première session du Dialogue Ministériel de Haut Niveau. Thème : renforcer la réglementation et la fabrication locale des produits médicaux. Deux conditions jugées non négociables pour atteindre la Couverture Santé Universelle.

C’est le Ministre de la Santé Publique, Dr MANAOUDA Malachie, mandaté par le Président de la République, qui a porté la voix du Cameroun.

De 7 à 19 usines en six ans

Le chiffre est la meilleure introduction. En 2020, le Cameroun ne comptait que 7 unités de production pharmaceutique. En 2026, il en compte 19, pour 239 références homologuées.

Une progression de 171% qui traduit une volonté politique réelle de sortir de la dépendance.

Mais le Ministre a joué la transparence. Cette dynamique, aussi encourageante soit-elle, reste fragile. Ces 239 médicaments ne représentent qu’environ 15% de la Liste Nationale des Médicaments Essentiels et couvrent moins de 5% des besoins réels de consommation du pays. Le Cameroun continue d’importer l’essentiel de ce qu’il consomme.

Les quatre goulets d’étranglement

Pourquoi le décollage est-il si lent ? Dr MANAOUDA Malachie n’a pas éludé la question devant ses pairs africains. Il a pointé quatre freins majeurs :

1. Le financement : Des usines qui peinent à trouver des crédits à long terme pour se moderniser.
2. L’énergie et les intrants : Une énergie instable et chère, et une dépendance quasi-totale aux matières premières importées d’Asie.
3. La concurrence : Des produits importés, souvent subventionnés à l’origine, qui cassent les prix locaux.
4. La commande publique : Des retards de paiement de l’Etat qui asphyxient la trésorerie des producteurs locaux.

La riposte camerounaise

Face à ce diagnostic, Yaoundé ne reste pas inactif. Le Ministre a détaillé la stratégie gouvernementale en cours.

Sur le plan incitatif, l’Etat a déjà acté l’exonération des droits et taxes sur certains intrants et équipements pharmaceutiques, couplée à un mécanisme de préférence nationale dans les marchés publics, à condition que les produits locaux respectent les normes de qualité, de sécurité et d’efficacité.

Sur le plan structurel, deux chantiers majeurs sont ouverts : la finalisation de la Stratégie Nationale de Développement de l’Industrie Pharmaceutique et le renforcement de la commande publique comme levier de croissance. Des partenariats public-privé sont également à l’étude.

Enfin, sur le plan réglementaire, le cap est fixé. Le Cameroun veut renforcer les capacités de son Autorité Nationale de Régulation et a lancé l’étude de faisabilité pour la création d’une véritable Agence Camerounaise du Médicament, sur le modèle de ce qui existe au Rwanda ou au Ghana.

Le plaidoyer panafricain

Au-delà du cas camerounais, le message porté à Addis-Abeba était continental. Aucun pays africain, seul, ne peut bâtir une industrie pharmaceutique compétitive.

Dr MANAOUDA Malachie a insisté sur la nécessité d’une coordination régionale : harmonisation des réglementations, mutualisation des marchés et création de hubs de production. C’est à ce prix, a-t-il plaidé, que l’Afrique pourra garantir sa souveraineté sanitaire et ne plus être à la merci des ruptures de chaînes d’approvisionnement mondiales, comme lors de la pandémie de COVID-19.

Un dialogue qui, pour sa première édition, a posé les bases d’une ambition commune.

William’s Tabi

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