Entretien : Dr Jacques Bougha-Hagbe, Economiste, candidat à l’élection présidentielle 2025
« Chaque département aura un hôpital de référence »
Retenu par le Conseil électoral et ensuite par le Conseil constitutionnel, Jacques Bougha Hagbe porte les chances du Mouvement citoyen national camerounais (MCNC) à la Présidentielle du 12 octobre 2025. Agé de 51 ans, l’économiste est le deuxième candidat présenté par cette formation politique à une élection présidentielle au Cameroun. En mai 2018, le feu Ndifor Afanwi Franklin qui a lancé le parti politique, avait alors recueillit 23 687 voix soit 0,67 % des suffrages. Dans cet entretien, le porte-étendard du MCNC présente sa vision dans le secteur de la Santé publique au Cameroun.
Entretien réalisé par Hermann IIE EWANE
Candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, qui est Jacques Bougha Hagbe ?
Je suis Jacques Bougha, Camerounais, économiste, agriculteur et ingénieur. J’ai eu mon diplôme d’ingénierie à l’école centrale de Paris, un master d’économie à l’université McGill au Canada et un doctorat d’économie à l’université Cornell aux États-Unis. Après ces diplômes, j’ai intégré le Fonds monétaire international à Washington aux États-Unis où j’ai travaillé pendant près de 22 ans. En même temps, en 2014, j’ai créé une structure agricole au Cameroun qui a commencé par le plantain et qui est maintenant dans le palmier à huile. Et je suis également un agriculteur. Je pense que lors de cette élection, je mettrai mon expérience au service de notre pays à travers des solutions concrètes qui sont tirées de mon expérience d’économiste ayant une expérience internationale et de mon expérience d’agriculteur mais aussi quelque part parfois aussi de mon expérience d’ingénieur. Et donc j’ai des solutions concrètes pour notre pays. Elles ont été consignées dans un livre programme Cameroun avec quatre propositions pour un nouveau départ de près de 500 pages et elles sont également résumées dans une synthèse de moins de 20 pages et dans une prospective d’une page. Je pense qu’il est temps qu’on se focalise sur des solutions concrètes aux problèmes des Camerounais.
Vous proposez aux Camerounais un vaste programme de réformes reparti sur 20 chapitres. Le secteur de la Santé y compris. Quel état faites-vous du système de santé camerounais aujourd’hui ?
La situation déplorable du système de santé camerounais, caractérisée par’ une couverture limitée, une qualité des soins insuffisante et un accès financier difficile, nécessite une politique de santé universelle effective. Le système de santé camerounais est dans une situation clairement déplorable sur tous les plans. Sur le plan de la couverture du territoire national en termes de centres de santé et de personnel soignant, sur le plan de la qualité des soins qui sont déjà fournis aux usagers, également sur le plan de l’accessibilité, de l’accessibilité à ces soins qui malheureusement parfois coûtent beaucoup trop cher pour le commun des Camerounais. Et la couverture santé universelle, elle est universelle que de nom. Elle ne couvre pas tout le monde, elle ne couvre pas tous les soins de santé, sa couverture est très limitée. Et en plus, elle est financée par l’extérieur pour une bonne partie, pour au moins la moitié. Donc nous sommes dans une situation où les Camerounais sont laissés à eux-mêmes. Mais ça fait 65 ans et ce n’est pas normal. On devrait avoir une politique de santé qui permet de couvrir tous les Camerounais et c’est ce que je propose pour notre pays.
Des réformes dans ce secteur, à quoi les Camerounais doivent-ils s’attendre si vous êtes élu le 12 octobre 2025 ?
Une fois élu le 12 octobre les Camerounais peuvent s’attendre à une réforme de fond du secteur. Premièrement, l’offre des centres de santé sur toute l’étendue du territoire national sera garantie par une nouvelle société populaire que j’appelle Société nationale des routes et des centres des hôpitaux, des centres de santé. Les sociétés populaires sont de nouveaux types d’entreprises qui aident l’État dans ses missions de service public pour les secteurs qui sont rentables. Elles seront créées dans la constitution, mais elles seront gérées entièrement comme des entreprises privées. Elles lèveront des fonds comme des entreprises privées. Leurs dirigeants seront choisis comme ceux des entreprises privées, mais ici leur seule obligation vis-à-vis de l’État sera de donner suite aux requêtes de l’État. Par exemple, l’État pourra leur demander de lever des milliards ou des milliers de milliards pour construire des centres de santé un peu partout au Cameroun. Chaque département devrait avoir au moins un hôpital de référence. Et tous les arrondissements devront être couverts par des centres de santé adéquats. Ceci sera financé justement par la société nationale des hôpitaux et centres de santé, cette nouvelle entreprise populaire qui va reprendre le contrôle de tous les centres de santé qui sont déjà dans le portefeuille de l’État. Maintenant, comment garantir que cette entreprise populaire soit profitable ? Nous allons mettre sur pied un système de couverture santé qui lui est basé sur l’achat des polices d’assurance par l’État au profit de tous les Camerounais. En gros, ce que l’État fera, c’est qu’il va essayer de jouer sur les prix de gros parce que lui il va apporter beaucoup de clients à cette compagnie d’assurance et il va faire baisser les coûts par personne. L’État lui-même sera un gros client parce que ses employés seront tous assurés. Mais également, l’État pourra négocier pour tous ceux qui ne peuvent pas négocier pour eux-mêmes. Donc, ils pourront toujours passer par l’État. Donc, l’État pourra dire à la compagnie d’assurance : « Voilà, je vous apporte combien ? 25 millions de clients, 30 millions de clients, faites-moi un bon prix par tête. » Et dès que l’État fait le prix par tête baisse. L’État paye ses compagnies en plusieurs mensualités et récupère l’argent auprès des usagers. Par exemple, si vous êtes un usager, vous avez des moyens de payer votre assurance, l’État va récupérer son argent de vous. Maintenant, si vous êtes un usager qui a la police d’assurance à travers l’État, mais qui ne peut pas payer l’intégralité de la police d’assurance, l’État pourra aider cette personne-là à la payer. Donc, voilà comment l’État va récupérer une bonne partie de l’argent dépensé et en même temps, il va aider les pauvres, s’assurer que tous les Camerounais sont couverts et rendre ces entreprises populaires, l’entreprise populaire chargée des hôpitaux rentables.
La couverture santé universelle ? Le plateau technique des hôpitaux ? La proximité d’avec les hôpitaux ?
Le peuple camerounais, actionnaire, financera et bénéficiera d’un réseau national de centres de santé rentables grâce à une assurance maladie et à un investissement populaire. Oui, pour l’accès à ces centres de santé de proximité, c’est justement la société nationale des hôpitaux centres de santé qui sera dirigée par vous le peuple qui va construire ces centres de santé un peu partout au Cameroun. Il faudra rationaliser leur présence en fait partout sur le territoire national et les rentabiliser. Et vous le peuple actionnaire parce que c’est vous qui serez les actionnaires, vous le peuple à travers la plateforme de financement populaire, à travers le modèle de financement populaire. Cette entreprise va émettre des actions de 100 francs sur la plateforme pour le financement populaire. Elle va lever des fonds pour construire tous ces centres de santé, tous ces hôpitaux. Et tout ça sera rentable parce que maintenant une fois que par exemple un de ces centres de santé fournit des services de santé à quelqu’un, la personne va payer le coût du marché mais c’est l’assurance qui va payer pour cette personne. Parce que c’est ça le rôle de l’assurance maladie. L’assurance va payer pour cette personne l’essentiel des frais, peut-être 80 à 90 % et la personne elle-même ne fera qu’une infime partie. En fait, c’est ça la définition même de l’assurance maladie. Et si par exemple les calculs de rentabilité font en sorte qu’elle refuse de couvrir un endroit donné, ce qui serait d’ailleurs surprenant, le président de la République pourrait toujours imposer que cette société populaire, cette entreprise populaire aille construire des centres de santé à ces endroits. Donc de toute façon, tout le Cameroun sera couvert en centres de santé et le système lui-même sera rentable et permettra de couvrir tout le monde. N’oubliez pas une chose, étant donné que c’est vous la population qui êtes actionnaire de l’entreprise, les dépenses qu’on fait sur les soins de santé vont vous revenir parce qu’elles seront profitables pour votre entreprise, la société nationale des hôpitaux centres de santé et donc vous allez retrouver, vous allez avoir un retour sur investissement. Et donc en fait le coût final des soins de santé ne sera plus aussi élevé qu’on le qu’on pourrait le penser.
La Diplomatie sanitaire, quelles stratégies ?
Pour ce qui est de la diplomatie sanitaire, nous allons travailler principalement à travers les organismes internationaux déjà existants, mais aussi à travers une agence panafricaine de la santé qui sera une agence de l’université panafricaine. Dans notre projet de société, nous comptons soutenir l’adoption d’un traité de l’université panafricaine et des agences associées, l’université panafricaine elle-même aura des campus un peu partout en Afrique, dans les pays membres du traité. Elle existe déjà, mais elle est relativement petite, elle ne décolle pas parce que pour moi, elle n’a pas été bien conçue. Elle n’a pas été conçue dans le cadre d’un traité qui impose des campus dans tous les pays membres de l’université et qui impose des financements ou un modèle de financement à tous les pays membres du traité. Ce que nous allons essayer d’encourager, c’est qu’il y ait un traité clair qui impose que l’université panafricaine ait des campus un peu partout sur le continent, mais qu’elle impose également un modèle de financement de cette université où chaque pays pourrait contribuer en fonction du nombre d’étudiants qui sont inscrits dans l’université. Et cette université devra également avoir des agences spécialisées pour que justement les connaissances et les recherches de cette université soient applicables aux problèmes auxquels font face les pays membres de ce traité. Donc une de ces agences qui devront faire appliquer justement la recherche de l’université au niveau des pays membres, c’est l’agence panafricaine de la santé. Elle fera des diagnostics annuels, des rapports annuels sur le système sanitaire de chaque pays et fera des recommandations. Et justement les politiques de santé nationales et internationales au niveau africain devront prendre en compte ces rapports pour voir dans quelle mesure les règles de solidarité pourront s’appliquer à tous les pays pour que nous ayons tous en Afrique des systèmes de santé qui protègent tout le monde, toute la population à des coûts raisonnables.



