Alain Bila, Président de l’Association camerounaise de Prévention et de lutte contre le Suicide (ACPLS)
« Aujourd’hui on voit plus l’acte, pourtant le suicide est un processus »
La question du suicide devient de plus en plus fréquente au sein de la Jeunesse. Tout en faisant un arrêt sur la définition du suicide, quelles sont les causes pouvant pousser des personnes à se suicider ?
Le suicide c’est le fait de se donner volontairement la mort. L’organisation mondiale de la Santé considère que le suicide est un problème de santé majeure et peut par la même occasion être évitée par les moyens de prévention. C’est la raison pour laquelle, nous avons mis sur pied une association pour sensibiliser les populations et leur dire que le suicide n’est pas une affaire de blancs et qu’il y’a des moyens de prévention. Il y’a le dialogue qu’il faudra adopter, voilà pourquoi notre devise c’est « le suicide, la solution c’est d’en parler ». A côté, il y’a la nécessité d’interpeller les gouvernants à considérer le suicide comme une question de Santé publique et l’intégrer dans les politiques publiques en matière de santé. Il y’a plusieurs causes qui peuvent pousser des personnes à se donner la mort. De plus en plus, on met au-devant de la scène, la dépression. C’est définit de façon triviale comme le fait que votre esprit dise à votre corps qu’il ne va pas bien. Il y’a des moments où vous sentez que tout ne va pas bien. Il y’a des déceptions amoureuses. Il y’a la pauvreté et davantage les problèmes qui nous tiennent actuellement, l’échec scolaire. Ce sont autant de causes qui peuvent pousser une personne à se donner la mort.
Généralement c’est une question qui touche beaucoup la gent masculine. Est-ce qu’il y’a une explication scientifique à ce phénomène ?
Effectivement. Ce sont les hommes qui se donnent davantage la mort par suicide, tandis que les femmes font le plus de tentatives de suicide. Les hommes ont cette horrible façon d’utiliser les méthodes drastiques, parfois à l’aide du métal. Chez les femmes par contre, c’est davantage l’utilisation des médicaments ou d’autres produits qui sont ingurgités. S’ils sont détectés très tôt, on peut encore arriver à la sauver.
Quels peuvent être l’impact d’un acte de suicide au sein d’une communauté ? D’une famille ?
Toute mort par suicide soulève des interrogations, des questionnements et souvent sans réponses. Et cela devient un choc pour la famille. Voilà pourquoi nous disons habituellement dans le cadre de notre association qu’ « un suicide, est un suicide de trop ». C’est de la responsabilité de tous, ça veut dire aussi que la communauté a manqué d’attention, elle a manqué de bienveillance. L’impact est individuel et collectif. D’abord ça endeuille les familles, à côté, il y’a un regard de la société qui tend vers la stigmatisation. Une personne décédée est également un manque à gagner pour la société.
Est-ce qu’aujourd’hui il y’a une thérapie susceptible de barrer la voie au suicide ?
Nous disons que dans le cadre de notre association, le suicide est largement détectable et évitable. La première chose c’est de pouvoir se former sur la détection des traces suicidaires. Nous avons mis en place un projet de formation des sentinelles du suicide. Ce sont des personnes qui ne sont pas du corps médical, mais qui sont susceptibles de détecter la crise de suicide. Aujourd’hui on voit plus l’acte, or le suicide c’est un processus qui a commencé en amont. Dont en conclusion, c’est largement évitable et y’a des techniques pour détecter un éventuel cas de suicide.
Vous êtes président d’une association qui s’est donnée pour objectif principal de lutter contre le suicide. Est-ce que à ce jour, vous avez l’impression que la question du suicide intéresse les politiques publiques ? Si oui, quelles actions concrètes ont déjà été posées pour juguler les efforts ?
Au Cameroun, le gouvernement prend la santé mentale comme une priorité nationale. Sauf que dans les faits, le budget alloué à la santé mentale n’atteint pas un pourcent du budget alloué à la Santé publique. C’est donc un problème. Et cela démontre que les questions de Santé mentale ne sont véritablement pas prises en compte au Cameroun. Car le suicide comme une dégradation de notre santé mentale. Dans le cadre de notre association, nous sommes néanmoins en collaboration avec la Sous-direction de la Santé mentale au Ministère de la Santé publique (Minsanté) qui nous accompagne sur le plan technique, et aussi, le Ministère des Enseignements secondaires qui nous accompagne dans le cadre de la sensibilisation auprès des élèves en période post examens scolaires. Nous les remercions d’ailleurs. Mais des efforts doivent être de mise, parmi lesquelles une subvention sur la question.
Entretien réalisé par Hermann III EWANE
