mer. Oct 21st, 2026

« Chaque vie arrachée est une blessure infligée à notre société » : Marie-Thérèse Abena Ondoa face aux féminicides au Cameroun

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Sante nature infos :  Madame le Ministre, le Cameroun a été confronté ces derniers mois à une succession de féminicides et de violences particulièrement préoccupantes. Avant de parler des réponses du Gouvernement, comment le MINPROFF analyse-t-il cette recrudescence : s’agit-il d’une augmentation réelle des violences, d’une meilleure remontée des cas, ou des deux phénomènes à la fois ?

Marie Therese Abena Ondoa :  Merci une fois de plus de me donner l’occasion de parler de ce sujet, qui préoccupe le Gouvernement au plus haut point.  La situation des crimes de femmes choque l’ensemble de la communauté nationale. Depuis 2023, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. En 2023, nous avons enregistré une cinquantaine de cas,  67 en 2024, 77 en 2025 et de janvier 2026 à ce jour, 74 cas ont été documentés. Au regard de ces chiffres, nous pouvons conclure à une hausse du phénomène. Il faut également dire qu’avec l’avènement des réseaux sociaux et des autres canaux de communication, il y a une remontée de l’information, presqu’en temps réel. Au-delà des féminicides, il faut dire que la Violence Basée sur le Genre est une question vraiment alarmante, pour cette seule année 2026 en cours, les services de terrain du MINPROFF ont reçu 4.883 cas tous types confondus.  Nous devons tout mettre en œuvre, conjuguer nos efforts pour inverser la tendance.

SNI. Le Gouvernement a annoncé plusieurs mesures de riposte, notamment autour de la prévention, de la prise en charge des victimes et de la répression des auteurs. Concrètement, qu’est-ce qui a changé sur le terrain depuis ces annonces et quelles mesures sont aujourd’hui effectivement opérationnelles ?

MTAO : Pour adresser la question des violences basées sur le genre, il y a effectivement des interventions qui concernent la prévention, la prise en charge, la répression et la collecte des données ; des axes qui sont d’ailleurs inscrits dans la Stratégie de lutte contre les VBG que le ministère a élaboré en 2021. Il s’agit en termes de prévention, des campagnes de sensibilisation, de l’éducation au changement des comportements, de la culture de la paix, de l’éducation prénuptial, matrimonial et familiale que nous apportons aux couples. Il s’agit de toutes les exhortations à la dénonciation ; il faut briser le silence et ne pas se taire devant la violence.  Et aujourd’hui, plusieurs cas de VBG sont dénoncés. Longtemps étouffées sous le prisme des « affaires privées » ou des arrangements à l’amiable, les meurtres de femmes font l’objet de nos jours d’une forte médiatisation. Des mobilisations citoyennes inédites et des marches de protestations ont régulièrement lieu. En matière de prise en charge des survivantes, le MINPROFF a mis en place des plateformes de lutte, où la stratégie consiste surtout au référencement et contre référencement. Lorsqu’un cas est signalé, il est question de le gérer en fonction de l’urgence. Si c’est des blessures, il faut d’abord préserver la santé de la victime et le reste suit. Les plateformes concernent donc tous les acteurs impliqués : MINPROFF, MINAS, MINSANTE, MINJUSTICE, autorités administratives et traditionnelles, Police, Gendarmerie, OSC.

D’autres mécanismes d’accompagnement sont mis en place sur le terrain, notamment des abris temporaires des victimes tels que les espaces sûrs, les Gender desks et Child desks qui sont des cellules spécialisées au sein des commissariats de police et brigades de gendarmerie pour accueillir et accompagner d’urgence les femmes et enfants victimes de violences. La mise en place de la ligne 116 d’assistance aux enfants.  Il s’agit d’une ligne de signalement et de référencement des cas de violences à l’égard des enfants et des femmes.

Le MINPROFF continue d’assurer un accompagnement psychosocial des survivantes et leur réinsertion socio-économique à la limite des ressources financières.

Grâce à ces interventions, les lignes bougent. Les criminels sont poursuivis par devant les instances compétentes pour répondre de leurs actes. Pour renforcer cette répression, le MINPROFF a amorcé l’élaboration d’un projet de loi spécifique sur les VBG qui suit son cours normal d’adoption.

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