jeu. Avr 16th, 2026

Lutte contre le cancer Le nouveau pilote du CNLC met le cap sur l’urgence et l’efficacité

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Dès sa prise de fonction, le Dr Florence Zeh Kakanou mobilise ses équipes autour d’un plan des 100 jours et relance des dossiers stratégiques dont la production locale de morphine.

Quinze minutes. C’est le temps qu’il a fallu au Dr Florence Zeh Kakanou pour imprimer sa marque. À peine la cérémonie de passation technique de service achevée, ce 12 février 2026, la nouvelle secrétaire permanente du Comité national de lutte contre le cancer (CNLC) a réuni ses troupes. Objectif : ne pas perdre une minute, fixer le cap, examiner les dossiers qui attendent sur le bureau. Dans les locaux de l’institution, l’atmosphère est à la fois recueillie et tendue vers l’action. On sent que les temps changent. Médecin, spécialiste en VIH et IST, forte d’une longue expérience au ministère de la Santé publique où elle occupait précédemment le poste de Chef de la Division de la Coopération, le Dr Zeh Kakanou connaît les rouages de l’administration sanitaire camerounaise. Elle sait que la lutte contre le cancer, fléau silencieux qui emporte chaque année des milliers de Camerounais, ne peut plus attendre. Elle sait aussi que la coordination entre les acteurs, la rigueur dans le suivi et la qualité des correspondances sont les conditions sine qua non de l’efficacité.

La discipline comme premier rempart

Dès cette première réunion de coordination, la nouvelle patronne du CNLC a posé les bases de ce qui constituera la marque de fabrique de son mandat : l’exigence. Au programme des échanges : la discipline, l’assiduité, le respect mutuel, la qualité des correspondances. Des principes qui pourraient sembler élémentaires, mais dont l’application rigoureuse fait souvent la différence entre une institution qui tourne et une institution qui patine. Dans la foulée, le rythme des travaux a été fixé. Les réunions de coordination hebdomadaires se tiendront désormais chaque lundi matin, imposant une régularité qui oblige à l’avancement continu. Mieux : un calendrier des présidences et des rapporteurs de ces réunions a été exigé avant la fin de la journée, impliquant d’emblée l’ensemble du personnel dans une dynamique participative et responsabilisante.

Les dossiers urgents sur le gril

Mais l’essentiel n’est pas dans l’organisation interne. Il est dans les résultats attendus sur le terrain. Dès le lendemain, mardi 13 février, une large réunion de brainstorming doit poser les bases du plan de travail des 100 premiers jours. Un délai court, à la mesure de l’urgence sanitaire. Car les chantiers ne manquent pas. En premier lieu, la relance du dossier de production de la morphine au Cameroun. Un sujet sensible, technique, politique, mais absolument crucial pour la prise en charge des malades en phase terminale. Une équipe a été spécifiquement désignée pour y réfléchir en profondeur, preuve que le CNLC entend s’attaquer aux problèmes de fond plutôt que de se contenter d’effets d’annonce. Dans le même esprit, la question des données liées aux cancers sera scrutée de près par d’autres collaborateurs commis à cette tâche essentielle. Car sans chiffres fiables, sans registres des cancers robustes, aucune politique publique digne de ce nom ne peut être conçue ni évaluée.

Une mission terrain en préparation

Autre initiative immédiate : l’élaboration d’un calendrier récapitulatif des actions de lutte contre le cancer, pour mieux coordonner, mieux suivre, mieux évaluer. Et pour s’assurer que la stratégie nationale se décline concrètement dans les établissements de soins, une mission imminente d’une équipe du CNLC composée de représentants sectoriels se rendra prochainement dans les hôpitaux généraux de Douala et Yaoundé. Du terrain, du concret, de la présence.

Le projet C3UC3 dans la foulée

À peine cette première réunion de coordination achevée, le Dr Zeh Kakanou a enchaîné avec une séance de travail consacrée au projet C3UC3. Cette initiative, confiée à une équipe dédiée, vise à évaluer la faisabilité et l’acceptabilité du dépistage du cancer du col de l’utérus intégré dans une offre de santé sexuelle destinée à la population générale au Cameroun. Le cancer du col de l’utérus est l’un des plus meurtriers chez la femme camerounaise, et pourtant l’un des plus évitables par le dépistage précoce. Intégrer ce dépistage dans une approche plus large de santé sexuelle, c’est faire d’une pierre deux coups : toucher plus de femmes, dans des cadres moins stigmatisants, avec des messages plus globaux.

« Il y a beaucoup à faire et nous avons besoin de tout le monde »

Au terme de cette rencontre d’une heure et demie, dense, exigeante, tournée vers l’action, la nouvelle coordinatrice a lancé un appel à ses collaborateurs : s’impliquer pleinement dans la dynamique enclenchée. « Il y a beaucoup à faire et nous avons besoin de tout le monde», a-t-elle conclu, simple et directe. Le message est reçu. Dans les couloirs du CNLC, on sent que les choses bougent. Que la machine se remet en marche. Que la lutte contre le cancer au Cameroun vient peut-être de trouver le pilote qui lui manquait pour passer de la coordination administrative à l’action sanitaire de terrain. Reste à transformer l’essai. Les 100 premiers jours diront si cette énergie initiale se traduit en résultats concrets pour les malades, pour les familles, pour tout un pays qui attend beaucoup de ses institutions de santé. Mais une chose est sûre : le Dr Florence Zeh Kakanou n’entend pas perdre de temps. Et dans la lutte contre le cancer, le temps est précisément ce qui manque le plus.

Paul EKWAN

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