Fin de vie en Afrique : le grand oubli des soins palliatifs
CHRONIQUE
En Afrique, la fin de vie demeure un sujet largement tabou. Loin des débats sur l’euthanasie ou le suicide assisté qui traversent les sociétés occidentales, le continent reste attaché à une approche traditionnelle : accompagner les mourants au sein de la famille, dans la discrétion et le silence.
Pourtant, face à l’évolution des sociétés africaines et à la progression des maladies chroniques, cette approche atteint ses limites. Les soins palliatifs, censés soulager la douleur et garantir la dignité du patient jusqu’au dernier souffle, sont quasi inexistants dans la majorité des pays.
Aucun cadre légal, peu de structures
À ce jour, aucun pays africain n’a légiféré sur l’euthanasie ou le suicide assisté. La question est souvent rejetée d’emblée, pour des raisons culturelles, religieuses ou éthiques. Mais derrière ce rejet, c’est surtout l’absence de services d’accompagnement adaptés qui frappe : les soins palliatifs sont les grands oubliés des systèmes de santé africains.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 80 % des personnes dans le monde n’ont pas accès à des soins palliatifs de qualité. En Afrique, cette réalité est exacerbée : pénurie de morphine, personnel non formé, structures spécialisées rares ou inexistantes.
Le cas du Cameroun : des initiatives, mais un manque criant
Au Cameroun, les soins palliatifs restent marginaux. Quelques hôpitaux de référence tentent d’intégrer cette approche dans leurs services, souvent grâce à des partenariats avec des ONG ou des financements extérieurs. Mais ces efforts ne suffisent pas à couvrir les besoins croissants de la population.
En l’absence de cadre politique et de financement structuré, les familles continuent de porter, seules, le poids de l’accompagnement en fin de vie. Un fardeau souvent douloureux, aggravé par l’absence d’information, les coûts des soins et le manque d’accès aux médicaments essentiels contre la douleur.
Une urgence humaine
Pour les acteurs de la santé et de la société civile, il est temps d’ouvrir le débat. Pas pour importer des modèles étrangers, mais pour construire une réponse africaine à la souffrance en fin de vie : développer des unités de soins palliatifs, former les professionnels, intégrer les soignants traditionnels, accompagner les familles.
L’Afrique est riche de valeurs humaines fortes : solidarité, respect des anciens, importance du lien communautaire. C’est à partir de ces valeurs qu’elle peut repenser l’accompagnement en fin de vie, et garantir à chacun le droit de mourir dans la dignité, sans souffrir, sans être seul.
Xavier Nama
Journaliste – Expert en communication, santé et coopération internationale
Chroniqueur pour Santé Nature Infos.
