Santé mentale : Un enjeu majeur de Santé publique
Dans le grand théâtre de la Santé publique, la Santé mentale reste encore trop souvent reléguée derrière le rideau. Invisible aux yeux de beaucoup, elle se manifeste pourtant dans chaque foyer, chaque entreprise, chaque rue. Les chiffres, quand ils existent, sont inquiétants : les silences, eux sont assourdissants.
Dépression, anxiété, burn-out, troubles psychotiques… Derrière ces mots parfois galvaudés se cache une réalité douloureuse : celle de vies suspendues, de trajectoires brisées, de familles en quête de réponses. Les causes sont multiples : pressions économiques, isolement social, violences, traumatisme non-traités, ou encore, dans nos sociétés hyper déconnectées, une sur sollicitation permanente qui épuise les ressources émotionnelles.
Les risques sont connus : pertes de repères, marginalisation, aggravation des maladies physiques, et dans les cas les plus tragiques, passage à l’acte suicidaire. Pourtant malgré la gravité du problème, la Santé mentale demeure victime d’un double fléau : le manque de moyens et le poids du stigmate. Combien de patients hésitent encore à franchir la porte d’un cabinet par peur de regard ? Combien se murent dans le silence, faute d’écoute ?
Face à cela, la réponse doit être globale. Elle commence par l’éducation : apprendre, dès le plus jeune âge, à identifier et exprimer ses émotions, à parler sans honte de ses fragilités. Elle se poursuit par le renforcement des structures de prise en charge : plus de psychologues dans les écoles, plus de psychiatres dans les hôpitaux, plus de lieux d’écoute accessibles à tous, y compris dans les zones rurales. L’anticipation passe aussi par des politiques publiques audacieuses : campagnes nationales de sensibilisation, dépistages réguliers, intégration de la santé mentale dans tous les programmes de santé primaire.
Le traitement, lui ne se limite pas aux médicaments. Il inclut un accompagnement humain, une réinsertion sociale, un travail de proximité avec les familles. Car la santé mentale, loin d’être un problème individuel, est une responsabilité collective. Il est temps que nous cessions de considérer la santé mentale comme l’ombre de la santé physique. Elle en est la lumière, la condition même de notre équilibre et de notre bien-être. La négliger, c’est fragiliser toute la société : la prendre en charge , c’est investir dans un avenir plus serein, plus humain.
Par Albertine Bitjaga

