Vaccination : 823 frigos solaires pour conquérir le dernier kilomètre
Avec la réception de 823 réfrigérateurs solaires et d’une impressionnante flotte logistique, le ministre de la Santé, Dr Malachie Manaouda, pose les jalons d’une promesse simple mais ambitieuse : plus aucun enfant, où qu’il se trouve, ne sera privé de vaccins efficaces.
C’est un petit matin particulier qui s’est levé sur le quartier Akwa à Douala, ce 19 février 2026. Sur le port, des caisses s’empilent. À l’intérieur, pas de marchandises ordinaires, mais l’avenir logistique du Programme Élargi de Vaccination (PEV). Le Ministre de la Santé Publique, le Dr Malachie MANAOUDA, est venu en personne pour poser ses mains sur cette livraison pas comme les autres. Et pour cause : ces équipements, d’une valeur de 4,2 milliards de FCFA, vont littéralement changer la donne sur le terrain. Jusqu’à présent, moins d’une formation sanitaire sur deux (47 %) disposait d’un équipement de chaîne du froid homologué. Demain, ce sera plus de huit sur dix (82 %).
La bascule est vertigineuse. Derrière ces pourcentages, il y a une promesse concrète : celle de vaccins qui arrivent vivants à destination. Car un vaccin mal conservé, c’est un vaccin mort. Un enfant qui reçoit une dose inefficace, c’est une protection qui n’existe pas. Avec ces 823 réfrigérateurs solaires, le Cameroun frappe un grand coup contre les ruptures et les pertes. L’objectif, martelé par le ministre, tient en une formule qui veut tout dire : « Zéro rupture, zéro perte, zéro enfant laissé pour compte. »
Mais à quoi bon des vaccins bien conservés s’ils ne peuvent pas atteindre les enfants perdus dans les zones les plus reculées ? La question a trouvé sa réponse dans le même convoi. 374 motos tout-terrain, financées par Gavi et Mastercard Foundation, vont bientôt rugir sur les pistes les plus cabossées du pays. Elles iront là où les routes s’effacent, là où les dispensaires sont à des heures de marche. À leurs côtés, deux fourgonnettes frigorifiques, trois camions frigorifiques et trois pick-up tout-terrain, déjà livrés en janvier, forment désormais une armada logistique capable de quadriller le moindre kilomètre carré du territoire.
Pourtant, dans cette mécanique bien huilée, le ministre a tenu à rappeler une évidence trop souvent oubliée : la technologie ne suffit pas. « Il ne suffit pas de disposer de vaccins. Encore faut-il garantir leur conservation à la bonne température et leur acheminement jusqu’au dernier kilomètre », a-t-il souligné, plantant le décor d’un défi qui est d’abord humain. Car ces frigos, ces motos, ces camions, il faudra les entretenir, les réparer, les piloter. Des instructions fermes ont été données au PEV : priorité aux zones enclavées, plan de maintenance préventive, formation des utilisateurs. Pas question que ce matériel flambant neuf finisse en rouille au fond d’une cour.
Et parce que la logistique moderne a besoin de données fiables, la digitalisation entre en piste. 116 ordinateurs portables et 12 imprimantes professionnelles ont été remis au PEV. Objectif : sortir des cahiers poussiéreux, tracer chaque équipement, chaque dose, chaque enfant vacciné. Dans la guerre contre les maladies évitables, l’information est aussi stratégique que les vaccins eux-mêmes. Savoir où sont les stocks, où sont les besoins, où sont les failles, c’est déjà gagner la moitié de la bataille.
Avant de quitter le port, le ministre a pris le temps de remercier. Gavi, les partenaires techniques, les équipes du PEV, les personnels de santé de terrain. Tous ceux qui, à leur manière, ont écrit cette page d’une histoire qui ne fait que commencer. Celle d’un Cameroun où, bientôt, plus aucun vaccin ne voyagera sans protection, plus aucun enfant ne sera oublié parce qu’il habite trop loin, trop haut, trop isolé. Une histoire où le dernier kilomètre, enfin, ne sera plus le parent pauvre de la santé publique.
Léon ATTOU
